[FR] Premier contact avec la psychiatrie

Content-warning: psychiatrie, anxiété, meds

(je ne sais pas franchement quoi mettre ici)

Je me réveille ce matin.

C’est ce jour.

Premier rendez-vous avec une nouvelle psychiatre.

Une première. Depuis que j’ai quitté la bulle, la zone de contrôle imposée par ma famille sang, mes géniteurs.

Je me suis réveillée 1h avant mon réveil prévu, avant la musique me servant de rappel au monde, cette musique qui, ironiquement, ne fait que évoquer la fuite sous sa forme la plus littérale: la fugue. Une musique qui me fait du bien, m’inspire, me fait rêver.

J’ai peur.

Je sais, après des années d’expérience, que ce réveil est irrévocable. Je ne pourrai pas me rendormir, même pour une heure.

Alors je regarde l’heure sur mon tel. Puis je regarde l’heure sur mon tel, et encore.

Mais je le sais. Qu’il me reste 5 minutes de repos ou une heure, je le sais. Ces pensées remonteront. Ce manque.

Alors je me retourne une ultime fois, serre mon doudou contre moi, et déverouille mon téléphone.

Après tant d’années, je le sais. C’est inutile pour moi de chercher à l’affronter, à l’ignorer.

Mais je sais aussi que je ne pourrai pas simplement l’accepter. Je ne veux pas. Pas perdre le contrôle. Surtout pas aujourd’hui.

Alors je recommence, comme à mon habitude.

Je recommence à lire, tenter de me distraire, de noyer ces pensées. Je sais que c’est inutile, mais je tente.

Le son de ma musique de nuit monté, cette musique douce devenant assourdissante, noyante, dans son omniprésence. Et pourtant, ça ne suffit pas.

Peu de nouveaux chapitres à lire, et j’épuise très vite mon stock, de chapitres comme de cuillers, pour gérer ça.

Mes partenaires sont dans la pièce à côté. Je sais pouvoir leur faire confiance. Je leur fais confiance. Seulement... Pas maintenant. Maintenant, j’ai peur. Je suis en manque. Et ça, je ne peux pas le communiquer. Je ne peux pas communiquer ce “maintenant”. Pour un bien trop grand nombre de raisons, allant de la peur de moi-même jusqu’à la peur d’être une charge, un problème.

Alors je m’exprime. Pour écouter ces pensées, y faire face, y mettre des mots. Je parle.

C’est à peine audible, mais je parle. Ou plutôt, j’oralise ce fil, cette boucle de pensées dans laquelle je suis prisonnière.

Oh, il est 8 heures, je me dis que je devrais partir. À cette heure-ci, le traffic routier devrait être engorgé.

Alors je me lève, doucement. Difficilement. Mon entourage m’a permis d’apprendre ça. D’apprendre à me lever. D’apprendre à... “Être adulte”, bien que je déteste toujours autant cette expression.

“Le premier pas à faire, c’est de se lever. Ensuite, tu verras pour te préparer, manger, et faire tout le reste que tu as à faire. Mais là, tu as une seule chose à faire. Te lever.”

Alors je me lève.

Mes affaires habituellement posées sur mon lit se sont encore retrouvées par terre, en vrac. Jetées au sol par un enième épisode de sommeil agité.

C’est frustrant.

Je les ramasse, profite pour en faire un tri rapide, mettre des trucs au sale.

Je retire le foulard de mon doudou, pour le mettre à mon cou. Je peux difficilement fonctionner sans ce foulard, aujourd’hui. Il sent bon, ça me calme un peu.

Je me prépare, équipe mon exosquelette (c’est le nom que je donne à la multitude de ceintures, dorsales, protections, et autres maintiens que je dois quotidiennement porter pour rendre les douleurs, physiques cette fois, gérables), décide de ne mettre que le gant compressif de la main gauche, je ne me sens pas à l’aise sans ma montre sur mon poignet droit.

Alors que je finis de me préparer et me prépare à partir, je sens que mon rythme cardiaque devient bien trop élevé, mon esprit bien trop bruyant.

Il me dit ce que je sais déjà.

J’ai peur.

Alors je prends ce que je sais prendre, ma façon de gérer. Deux anxios, 0.50mg, de quoi me calmer doucement sans m’assomer.

Ça agit vite, mais suffisament lentement pour que je sache avoir besoin de les prendre avant le rendez-vous. Je ne veux pas breakdown comme lors de la dernière consultation CMP, bien que c’était avec un infirmier de garde et non un.e psychiatre.

Je ne sais pas pourquoi, mais les hommes me font peur, surtout dans le médical. Mais quand il y a 4 psychiatres surbookés dans la région, et que tu as besoin d’un rendez-vous, bah tu fais avec, tu serres les dents, et tu apprends à te cacher. Au moins, à te cacher jusqu’à ce que tu es sûr.e que tes droits seront respectés. Jusqu’a ce que tu es sûre que tu peux leur faire confiance.

Je prends la voiture, mon petit plaisir, mon calmant non-chimique.

J’aime conduire. Ça me calme. Ça me fait me sentir en contrôle, libre, presque vivante.

Le chemin est calme. Légèrement embouteillé, mais calme. J’arrive sans accroc, et trouve miraculeusement une place juste devant le bâtiment.

Je n’aurai pas à me faire mal à marcher sur une pente ardue, ou des escaliers douloureusement inutilisables. Ça me soulage, me donne un sentiment de satisfaction.

Je rentre dans le bâtiment, laisse mon regard se balader sur la liste des practicien.ne.s de ce centre médical, surtout sur la case psychiatrie. Ce nom, sur ma langue, a un goût d’insulte, de malaise, de peur.

Un peu d’attente me permet de souffler, de commencer à poser ces pensées ici-même.

La médecin arrive. Le rendez-vous commence.

La lettre est donnée, cette lettre labellisée “urgence”. Un terme qui me semble acceptable, mais qui, dans ce monde, peut m’apporter suffisament de problèmes pour que j’en ressente de l’appréhension.

Surtout sur une lettre de psychiatre.